[Chronique] Les figures de l’ombre

Affiche du film : Les figures de l'ombreVoilà un petit moment qu’aucune chronique ou critique de films/séries/livres n’avait égayé les pages de ce blog. Les figures de l’ombre (Hidden figures en VO) me permettent de briser ce long silence, avec la manière ! Le film de T.Melfi retrace le portrait de trois femmes noires qui, à leur façon, ont œuvré pour l’égalité et contre les préjugés (genre, couleur…).

Car Les figures de l’ombre réussit le tour de force d’être à la fois, féministe et anti-discriminatoire, le tout sans faire dans le pathos ou le condescendant, mais avec un réalisme teinté d’humour et d’espoir. Il nous projette dans l’Amérique des années 60, en pleine période de lutte pour les droits civiques et contre le ségrégationnisme, d’émancipation des femmes (après-tout, c’est également l’époque des hippies) et de rivalité américano-russe pour le contrôle spatiale. Un cadre complexe, donc, pour une histoire traitée avec justesse. Celle de femmes, noires, travaillant dans un milieu d’hommes, blancs : la NASA.

A l’écran, on trouve dans les rôles principaux Taraji P. Henson (Person of interest), Octavia Spencer (La couleur des sentiments, Insurgent…) et Janelle Monáe, bref, des visages connus, mais pas de véritables guest stars. Le casting masculin est du même acabit avec notamment Kevin Costner (qui n’est plus synonyme de blockbusters depuis un moment) et Jim Parsons (l’indécrottable Sheldon de The big bang theory).

 

Des figures de l’ombre en mode positif

Le film expose les parcours de ces trois femmes. Contre les préjugés, aussi bien racistes que misogynes. Contre les absurdités de l’administration ou des lois. Contre un monde qui a déjà vécu et qui ne le sait pas encore. Et y compris contre leurs propres réticences, comme en témoigne ce dialogue entre Mary Jackson (J. Monáe) et Karl Zielinski (O. Krupa) :

— You should be an ingeneer.
— I’m a negro woman, I not gonna to tent the impossible.
— I’m standing beneath a spaceship. We are living the impossible !

Mais ce sont aussi — surtout — des parcours pour. Pour la reconnaissance, pour l’égalité, pour la réussite du projet qui les réunit tous : envoyer le premier américain dans l’espace. Des femmes qui croient en elles et en leurs capacités et qui se réalisent dans un milieu pourtant hostile. Des femmes qui agissent sans jamais vraiment s’opposer, mais qui par petites touches créent des précédents et nourrissent l’espoir.

Octavia Spencer

Cherchez l’intruse. Oups ! Ou plutôt WASP.

Une critique de l’Amérique des années 60…

…et en creux, une mise en garde pour les états-unis d’aujourd’hui. Car c’est aussi l’histoire d’une Amérique qui se voit dépassée par l’URSS dans la course spatiale. En ne faisant appel qu’aux hommes, blancs pour conduire le projet spatial, l’Amérique ignore des talents qui lui permettraient de progresser plus vite. C’est finalement une femme, noire, qui lui permettra de combler son retard : Katherine Johnson (T.P. Henson). Bien que jamais énoncé, le propos est limpide : les préjugés nuisent au progrès. Et ce qui était vrai pour l’Amérique d’hier, pourrait le redevenir pour l’Amérique d’aujourd’hui (ou n’importe quelle nation tentée par le repli sur soi et/ou le conservatisme teinté de racisme).

Les figures de l’ombre est donc un film réussi, touchant dans son propos (la scène des toilettes, ou plutôt les scènes, sont magnifiques d’humour et d’émotion), réaliste dans son approche et toujours juste. Sans surenchère, sans violence, il nous expose un combat qui nous concerne tous, que ces femmes ont su porter et que nous devons pas oublier. C’est frais et ça fait du bien !