Barrayar – Loïs McMaster Bujold

La saga Vorkosigan : integral 1Sur ma lancée après avoir lu L’honneur de Cordelia, j’ai attaqué le tome suivant (chronologiquement parlant), Barrayar.
Loïs McMaster Bujold, avec sa saga Vorkosigan, alterne le très bon, le bon, le moins bon et plus rarement le moyen. Cet opus ayant été salué par un Hugo et un Locus, je pensais passer un très agréable moment avec un tome à ranger dans l’une des deux premières catégories. Après lecture, je ne peux cacher ma déception et finalement glisser cet ouvrage parmi les livres moyens de la série.

Les Hugo sont pourtant pour moi un gage de qualité et L. McMaster Bujold une auteure déjà accomplie au moment de l’écriture de ce roman (1991). Cinq ans sépare la parution de Cordelia et Barrayar, peut-être encore plus pour l’écriture. Pourtant, le second reprend l’histoire exactement là où on l’avait laissée dans le premier. De l’aveu de l’auteure, ces livres forment les deux volets d’un seul et même roman.

On retrouve notre héroïne imbriquée dans les méandres politiques de Barrayar, d’autant plus que celui qui est désormais son époux, Aral Vorkosigan, vient d’acquérir un statut à la fois enviable et dangereux, celui de régent. Barrayar est un impérium galactique, dont la culture est un mélange de reste moyenâgeux, avec un système monarchique et guerrier, confrontée à l’arrivée en masse de technologies avancées. Tout cela implique évidemment des luttes de clans et autres frictions. L’intrigue principale, ou tout du moins ce qui en fait office, tourne autour des problèmes de succession provoquée par la mort de l’empereur. Aral Vorkosigan se trouve en première ligne et de par son statut, Cordelia également.

Mais le véritable propos de l’histoire n’est pas là, car l’héroïne est enceinte. On ne peut que saluer ce parti-pris. Dans la fiction de genre SFFF, les personnages féminins sont très rarement présentés ainsi. Montrer une femme enceinte, forte et relevant des défis difficiles à surmonter est quelque chose d’audacieux et peut expliquer à lui seul les prix reçus par ce roman. Hélas, ce fait d’arme ne peut pas totalement excuser les faiblesses du livre, surtout quand il en devient le catalyseur.

Car soyons direct, après avoir accouché d’un point de vue littéraire et conceptuel « Miles Vorkosigan », Barrayar permet à L. McMaster Bujold d’accoucher une deuxième fois son personnage fétiche, cette fois-ci littéralement. La grossesse de l’héroïne devient donc le centre du roman et l’intrigue politique un simple prétexte. Cela pourrait très bien fonctionner, si l’auteure ne c’était pas laissée piégée par ses propres choix narratifs.

Le premier, c’est de proposer au lecteur un point de vue unique, celui de Cordelia Vorkosigan. Le deuxième, c’est d’être parti du postulat que, la société barrayarane étant foncièrement machiste et misogyne, l’héroïne n’est pas tenue informée des évolutions et complications politiques liées à la succession de l’empereur, sous prétexte de la protéger (puisse qu’elle est enceinte). De par cette combinaison, l’héroïne n’étant pas informée, le lecteur ne l’est pas non plus.

Il s’en suit que, pendant près des trois-quarts du livre, il ne se passe pas grand-chose. Tout ce qui nous est donné à lire, c’est une vision de l’héroïne qui doit évoluer dans un milieu dont la culture lui est totalement étrangère et gérer sa grossesse. Un comble, la femme forte devient l’image même de ce qu’elle est censée dénoncer ! Aussi, pour émailler le récit et tenter de faire monter la pression, des coups d’éclat ponctuent de temps à autre la trame, mais plus à la manière d’intrusions que de véritables points d’accroche capables de faire monter l’intrigue en puissance, si bien que, au moment ou celle-ci éclate, le lecteur se trouve devant un fait accompli qu’il n’a pas eu l’occasion de voir se construire et que deux bons tiers du roman viennent déjà de s’écouler.

A partit de ce moment, toutefois, intrigue politique et mise au monde du futur héro se mêlent enfin véritablement, peut-être trop d’ailleurs. Car si sous cet effet, l’héroïne retrouve enfin son statut de femme de caractère, la sécurité de l’enfant à venir devient un catalyseur disproportionné et provoque sur la fin du récit trois incohérences qui minent un rebond pourtant salvateur. Une scène cristallise à elle seule tous les écueils du roman, plongée dans un ridicule qui frôle la psychose.

On sort donc du roman avec un sentiment mitigé. Pourtant bien écrit, le récit n’arrive jamais à déployer totalement ses ailes. A l’échelle de la saga, le livre n’apporte rien, les évènements principaux ayant déjà été décrits dans les grandes lignes. Et des caractères complexes voient leur personnalité dissoute en quelques lignes.

Reste cette projection de l’auteure dans son héroïne et cette volonté de montrer une mise au monde pleine de violence et de rage, avec un cri qui résume à lui seul le roman : touche pas à mon fœtus !

Ce billet a été écrit dans le cadre du challenge SFFF au féminin proposé par Tigger Lily.

sfff au feminin