Chien du heaume – Justine Niogret

Couverture du roman de Justine NiogretVoilà un moment que ce livre me tentait, j’avais lu de nombreuses critiques positives à son sujet. Son thème, l’histoire d’une guerrière dans un monde brut de décoffrage, à une époque où le paganisme le disputait encore face au christianisme, ce personnage féminin fort et sa quête attisaient ma curiosité.
A mon corps défendant, je dois malheureusement reconnaître que Chien du heaume a laissé un goût mitigé sur mes papilles littéraires.

Précisons d’abord un premier élément. Chien du heaume est (souvent) présenté comme un roman de fantasy. Ce livre n’est pas de la fantasy, il ne possède pas une once de fantasy. L’histoire se déroule pendant le bas moyen-age et sans être historique, il est médiéval, on pourrait même dire « hard médiéval ».

Maintenant que cela est clarifié, abordons le style. J. Niogret possède une grande maîtrise de la langue française, indéniable même. Son écriture est soutenue et dense. Je pensais dévorer ce roman court, environ 200 pages, en un après-midi, il m’en a fallu deux. Le vocabulaire utilisé, le choix des formulations, des tournures de phrases, tout est fait pour accentuer le sentiment de retour vers une époque révolue. Pourtant, malgré cette maîtrise évidente, jamais la narration ne parvient à atteindre la fluidité. Les notes de J. Niogret à la fin du livre ont d’ailleurs confirmé ce sentiment. Loin d’être laborieuse, on ressent tout au long de la lecture une forme de résistance, comme si l’auteure elle-même avait écrit à contre-courant de son « moi ».

Le livre nous plonge dans le quotidien de Chien du heaume et son histoire personnelle, sa quête d’identité, la recherche de ses origines, du moins, en apparence. Car le véritable sujet du roman est une rencontre, une rencontre qui refuse d’éclore. L’intrigue se résume à une trame pour poser des personnages, des chassés-croisés et des scènes. Le fil ténu de la quête des origines s’y perd et finit par s’effondrer, on pourrait presque parler de « MacGuffin ».
Chien du heaume vit en vendant ses services de femme d’armes à ceux qui le veulent bien et elle survit en évitant de se faire tuer. Quand elle en a le temps, elle tente de retrouver son nom, celui que lui a donné son père.
Chien du heaume est un portrait de femme forte, possédant un grand potentiel, mais qui, à force d’être tiré vers une simplicité d’être, finit par devenir monochromatique. Cohérent, sincère, relativement fouillé, le personnage n’a pourtant jamais réussi à m’accrocher.
Il en est de même pour la plupart des personnages que compte le roman, souvent intéressants, jamais réellement accrocheurs. Des figures abordées de façon originale deviennent classiques, les caractères se dépouillent, sans que la simplicité ne mette en avant leur profondeur, jusqu’à ce qu’une certaine prévisibilité, voire monotonie, finissent par s’installer dans le récit, ponctuées par quelques scènes choques, viscérales, jetées à la figure du lecteur avec une brutalité qui ne suffit pas à masquer un certain questionnement quant à leur cohérence.

Car c’est aussi de cela qu’il s’agit. Le livre aborde un certain nombre de thèmes, sur les rapports homme/femme ou fille/père, la religion, la brutalité de la vie, la question du « moi », de ce qui nous définit. Les réponses esquissées en filigrane m’ont, le plus souvent, dérangé ou déplu (évidemment, c’est très personnel). Ce sentiment est renforcé par le fait que, plus qu’une histoire, J. Niogret cherche à raconter des choses, mais n’est pas Paulo Coelho qui veut. Et malgré beaucoup de talent, jamais l’auteure n’a réussit à me faire adhérer à sa chose racontée.

J’espérais beaucoup, peut-être trop, de cette vision féminine, d’une femme de caractère, dans un monde habituellement circonscrit aux excès de misogynie. Si le caractère de Chien du heaume est bien trempé, il s’est forgé dans un monde sans joie et atone. Et l’héroïne reflète parfaitement cela, une âme poussée par la brutalité de son monde et sa réalité âpre, plutôt que par ses propres désirs et ambitions.

Intrinsèquement, de par ses diverses qualités, Chien du heaume est un bon livre, Chien du heaume n’a pas d’état d’âme et Chien du heaume peine à vivre pleinement. Alors, aussi bien racontée soit-elle, Chien du heaume ne suffit pas à satisfaire ma soif de lecteur.