Chute libre (Opération Cay) – Lois McMaster Bujold

La Chute libre (Opération Cay)Aujourd’hui j’achève (enfin) les chroniques de l’intégrale 1 de la saga Vorkosigan (édition Nouveaux Millénaires). Et pour bien faire les choses, je termine avec le premier roman des trois récits que compte ce recueil, après L’honneur de Cordélia et Barrayar.

Paru initialement en 1997 en France sous le titre « Opération Cay » (1988 aux états-unis), Chute libre est intégré à la saga Vorkosigan du fait que l’intrigue est sensée se dérouler dans le même univers, 200 ans plus tôt. Soyons franc, cette association est plus circonstancielle que justifiée par des impératifs narratifs. Ayant déjà lu une bonne partie de la saga, je n’ai encore vu aucun lien direct entre ce récit et les aventures de Miles (le héro de la saga), seulement des clins d’œil. Loïs McMaster Bujold aurait très bien pu écrire ce récit dans un autre univers science-fictionnel. La similarité des cadres lui permettait cependant d’éviter une création totalement nouvelle. Cela dit, ceci ne réduit en rien la qualité du roman.

Le pitch de base nous entraine dans une station-spatiale paumée au fin fond de l’espace en compagnie de Leo Graph, ingénieur spécialiste des questions de sécurité. Cette station est un centre de recherche de la société pour laquelle travaille Leo. Surnommée l’Habitat, elle sert de lieu de vie et d’expérimentation pour la création d’une nouvelle forme de vie ; une d’humanité adaptée à la vie en apesanteur : les quaddies.
Les quaddies possèdent une paire de bras à la place des jambes, quatre mains donc, et supportent mieux les conditions où la force de gravité est inexistante. Leo a pour mission de les former à leur futur travail : l’assemblage d’architectures complexes dans l’espace.

Partant de ce postulat, Loïs McMaster Bujold déploie tout un ensemble de questions sur la condition d’humanité et de libre arbitre. Créés de toute pièce par une société dans un but commercial, les quaddies sont considérés par ses cadres dirigeants comme de simples objets, une marchandise comme une autre. Il est pourtant impossible de leur dénier leur humanité…

Rapidement, une fois le cadre général et original installé, la trame principale se dévoile et se révèle, finalement, plutôt classique. Chute libre n’est en fin de compte qu’une variation du thème du conquérant en quête de rédemption. Leo Graph, un homme qui ne trouve plus sa place dans la société où il vit, va finalement se (re)trouver au contact de cette « civilisation » spatiale pleine d’innocence et de naïveté. Une « civilisation » exploitée et sur le point d’être détruite. Bien sur, Leo va tout faire pour la protéger et la sauver.

Néanmoins, cette variation est bien amenée, bénéficiant d’une bonne idée initiale ; imaginée en 1988 ! L’habituel colonisateur est remplacé par une multinationale (on ne cesse de vous le dire, mais Avatars n’a vraiment rien inventé) et le peuple menacé devient tout à la fois : ressource, création et possession. Encore une fois, l’auteure nous dresse une série de portraits et de personnages qui donne de l’épaisseur au roman, là ou l’intrigue s’essouffle.

Il en ressort une lecture agréable et une histoire qui n’a rien perdu, ou presque, de son intérêt, plus de 25 ans après avoir été écrite.

 

Ce billet a été écrit dans le cadre du challenge SFFF au féminin proposé par Tigger Lily.

sfff au feminin