Gone girl – David Fincher

Affiche du film Gone girl, de David FincherCela fait un petit moment que je n’avais pas pris le temps d’écrire une chronique, voilà la chose corrigée, avec « Gone girl » de David Fincher, vu le weekend dernier.

Le dernier Fincher est l’adaptation d’un roman de Gillian Flynn, « Les apparences ». Il met en scène les déboires de Nick Dunne (Ben Affleck) face à la disparition de sa femme, Amy (Rosamund Pike). Disparition qui se transforme rapidement en meurtre potentiel dont Nick est évidemment le premier suspect.

Le but était d’aller voir un film qui « fait réfléchir », dixit une amie. Après ma dernière aventure cinématographique, Dracula untold, trop mauvais pour prétendre au rang de film moyen et pas assez catastrophique pour atteindre le stade du nanar à potentiel culte, Gone girl semblait le candidat idéal.

Du côté de la réflexion, hélas, une petite déception. La bande annonce nous vendait une histoire à tiroir pleine de suspense, mais les ficelles de l’intrigue trop grosses et trop vite dévoilées, permettent de dénouer l’affaire dès le premier quart d’heure ! Aussi, lorsque après un bon tiers du film, David Fincher nous livre une scène sensée provoquer un retournement de situation, celle-ci tombe un peu à plat. Balayée, l’intrigue qui nous force à user nos méninges pour en découvrir les tenant et les aboutissants. A la place, on se retrouve face à un bon vieux thriller, où on se demande simplement où tout cela va mener les protagonistes. L’arrivée dépendant uniquement de choix scénaristiques. Gone Girl se déroule alors comme une tragédie, avec en pointe, une scène particulièrement réussie, sorte de climax exogène et carmin. Mais finalement, le film lui-même ne nous mène, pour ainsi dire, à rien.

Reste que David Fincher excelle dans le genre et, à défaut de nous livrer une composition foncièrement originale, il offre une mise en scène solide. Il s’appuie sur une brochette d’acteurs plutôt en formes, mais bien souvent cantonnés à des rôles trop fugaces ou trop caricaturaux pour réellement nous émouvoir. Si Neil Patrick Harris et Carrie Coon s’en sorte plutôt bien, respectivement dans les rôles d’un ancien amant Amy Dunne et de la sœur de Nick Dunne, la plupart des autres personnages ne permettent pas aux acteurs qui les incarnent d’en tirer autre chose que le minimum syndical. Seul Tyler Perry arrive, en quelques scènes, à donner de l’épaisseur à son avocat.
Du côté des caractères principaux, Ben Affleck, capable du pire comme du meilleur, traîne sa grande carcasse sans parvenir à dégager ni empathie, ni antipathie, alors que le rôle aurait mérité plus de nuances et d’ambiguïtés. Par contre, mention spéciale à Rosamund Pike, « épatante » dans son rôle d’Amy, femme torturée dans tous les sens du terme.

Gone Girl, à travers le traitement du personnage de Nick Dunne dans les médias fictifs du film, se veut également une critique de ces derniers. Dénonçant ses faiseurs de réalités qui imposent leurs vérités, quitte à grossir le trait ou induire le public, forcément demandeur, en erreur. Si le constat est juste, on peut regretter, que dans un XXIe siècle déjà bien avancé et à l’heure des réseaux sociaux, seule la télévision soit représentée. Certes il s’agit encore d’un média puissant et très présent, mais l’information, elle, circule bien plus vite et de façon encore à la fois plus fluide et effarante, sur internet.

Deux autres questions sont posées par le film : le couple face au mariage et le couple face au désir parental. Et ces deux questions se rejoignent dans une même interrogation, celle du contrôle et de la domination dans un couple. Difficile d’en parler d’avantage sans dévoiler des pans entiers de l’intrigue. Disons simplement qu’il s’agit du point central de l’histoire, celui qui déclenche tout et résout tout. Et la raison pour laquelle tout cela nous mène nul part.

En résumé Gone Girl est un bon film, mais envers lequel il ne faut pas avoir trop d’attentes. Ce n’est pas une révolution, ce n’est pas un must du genre, c’est juste un bon thriller, solide et plutôt intelligent.

4 thoughts on “Gone girl – David Fincher”

  1. Sra dit :

    Je crains que tu n’ai visionné ce film dans des dispositions inappropriées. Ce n’est pas un film dont l’intrigue est l’objet de la réflexion. Il n’a jamais été proposé comme tel. C’est un thriller psychologie. (Grosse) Nuance.
    Le film a brillamment adapté le livre (c’est bien la première fois que j’écris ces mots !). Gillian Flynn n’a pas écrit un livre au suspens policier insoutenable. Elle a, par le biais de l’évolution d’une situation atypique, questionné le lecteur sur des valeurs plus humaines, profondes. Cachées.
    Le livre regorge de nuances psychologiques, qui permettent de créer le malaise chez le lecteur, qui – rapidement – comprend que « quelque chose cloche ». En cela le film est très efficace car, comme tu le fais remarquer, les doutes s’installent rapidement chez le spectateur. C’est voulu. C’est le but recherché.
    David Fincher ne nous « livre [pas] une scène sensée provoquer le retournement de situation ». Il ne fait qu’avancer dans l’histoire de ce couple, pierre par pierre. Car cette histoire avance. Morbide, amorale, cruelle, psychotique. C’est en cela qu’elle fait réfléchir.
    Tu parles de « choix scénaristiques ». Tibéon ! Bon sang ! Ce sont les choix de l’auteure que tu désignes ainsi !
    Je suis désolée que tu considères que le film ne mène à rien, alors qu’il mène à tout. Car c’est là que devait débuter ta réflexion (je crains que tu n’aies pris le film sous le mauvais angle).
    Il s’agit ici de déviance psychotique aiguë, de dépendance émotionnelle… et plus simplement de la notion de couple et de sacrifice, poussée à son paroxysme.

    Quant à ton analyse du jeu d’acteurs, prends de la hauteur ! Ben Affleck est juste parfait ! Une interprétation réussie doit permettre aux spectateurs de ressentir la personnalité d’un personnage, sans avoir à passer par de l’exagération et de l’explication verbale. Et – désolée mon ami – mais cela a fonctionné sur toi.
    Car Nick Dunne n’est autre qu’un homme complexe, fermé, qui oscille entre sympathie et antipathie, dont l’attitude très réservée fait ressentir de la fadeur, voire de l’arrogance froide.
    Cette neutralité, cet aspect effacé – et de fait un peu pénible ! – est une volonté de l’auteure. En cela David Fincher a réussi un tour de force, par sa réalisation et sa direction d’acteurs. Pas de sur-explications, de flonflons inutiles, mais une adaptation d’une efficacité redoutable.

    Ce film ne résout rien. Il découvre un champ vaste d’interrogations et d’analyses psychologiques.
    Je considère que tu es passé à côté du film, hélas. J’en ai, pour ma part, savourer chaque minute, portée par l’instabilité émotionnelle des protagonistes. Et c’était bon !
    Alors, conseil de lectrice à auteur, lis le livre ! 🙂

    • Tibeon dit :

      Damned ! On dirait que tu n’as retenu que les aspects négatifs de ma critique, pourtant la conclusion était plutôt positive 😉

      Je ne vais pas répondre à tout ici, on fera plutôt ça devant une bonne tasse de café ou un verre de bière, selon ta préférence^^. Mais je vais tout de même le faire pour quelques points.

      Concernant mes dispositions avant de voir le film, n’ayant effectivement pas lu le livre, je me suis basé sur la bande-annonce. Ce n’est pas ma faute si celle-ci vend un film à intrigue. Et évidemment, tu as perçu le film différemment, puisque celui-ci pouvait faire écho à ta lecture (ce qui signifie qu’il s’agit d’une bonne adaptation). Alors si pour être dans de bonnes dispositions il faut : A) avoir lu le livre, B) l’avoir apprécié, C) avoir fait l’impasse sur la BA… :p

      Je parle de choix scénaristiques et oui se sont les choix de l’auteure. Un auteur (de roman, de BD, de film) fait une multitudes de choix, certains triviaux (mon personnage principal sera-t-il blond ou brun ? avec des yeux clairs ?), d’autres relevant d’une importance capitale. Les choix scénaristiques ne sont donc qu’une partie des choix de l’auteure, ceux qui imposent le rythme de l’histoire et que je cible spécifiquement. Dans ce film (ou ce livre ^^) l’intrigue n’impose pas de fin, ni de déroulement, tout se résume aux décisions de l’auteure, ce qui n’est pas toujours la cas, parfois l’histoire s’impose d’elle-même. Ici tout reste ouvert, ce qui est d’autant plus intéressant, mais génère également un effet particulier : comme tout est possible, le spectateur/lecteur s’attend à tout et à rien à la fois, il ne peut donc être réellement surpris.

      Concernant le jeu d’acteur de Ben Affleck, je persiste et signe. La complexité du personnage de Nick Dunne ne m’a en rien échappé, bien au contraire ! Et je trouve justement, mais ce n’est que mon avis, que B.Affleck ne lui rend pas justice. Pourtant il s’agit d’un acteur que j’apprécie en général (surtout depuis Dogma). Fermé et réservé ne signifie pas manque de profondeur.

      Cela dit, je vais tâcher de suivre ton conseil et trouver le temps de lire le roman original, une fois que ma PàL se sera un peu réduite :u

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