La saga maorie de Caryl Férey

Saga Maorie - Caryl FéreyHaka et Utu, les deux romans qui composent la saga maorie, sont également les ouvrages qui ont donné à Caryl Férey sa notoriété, avant Zulu puis Mapuche. Férey dispose d’une écriture énergique, sans concession et met souvent (toujours ?) en scène des personnages ravagés, torturés, à la psyché suffisamment dérangée pour les mener sur la voie de leur auto-destruction.

C’est aussi un voyageur impénitent, qui va à la rencontre des cultures dans lesquelles ils jettent ensuite ses histoires, à moins que ça ne soit l’inverse. Grâce à cela, le lecteur à droit à une véritable immersion, une plongée dans la trame sombre. Car les romans de Férey sont noirs, voire limite glauques avec des pelletées de violence qui avoisinent le désespoir et les pulsions de toutes sortes. Âmes sensibles s’abstenir.

Haka suit le périple de Jack Fitzgerald, capitaine de la police de Auckland, confronté à la fois aux fantômes de son passé – à savoir ceux de sa femme et de sa fille, disparues – et à une série de meurtres qui n’est pas sans rappeler les agissements d’un tueur en série. Dans la tête de Fitzgerald, obsédé, les deux s’entremêlent dans un réseaux inextricables qui va finir par conduire les protagonistes du pire à l’atroce.
Le Haka, c’est le terme utilisé pour désigner les danse traditionnelles maories. Celle que met en scène Férey est guerrière, violente et désespérée.

Utu est la suite indirecte (j’insiste sur ce terme) du premier volet. Cette fois-ci, Férey nous invite à nous glisser dans les pas de Paul Osborne. Ancien bras droit de Fitzgerald, il est rappelé depuis l’Australie pour réintégrer la police d’Auckland. On fait appel à lui pour sa connaissance et ses contacts avec les maories. Mais lui, drogué à tout, surtout au mal-être, n’y voit que l’occasion de clore de vieux dossiers en suspend. Il va creuser, là où il ne faut pas, déterrer les mauvais cadavres, au propre comme au figuré.
Le Utu, c’est le principe de réciprocité, l’action qui entraîne nécessairement une réaction égale et opposée, le mana de la Terre qui nous revient en pleine face. Ici, le Utu possède un goût de vengeance, agrémenté de vomissure.

Car outre ses personnages principaux, Férey déploie à chaque fois une belle panoplie de caractères secondaires, travaillés, fouillés au corps et lessivés du cerveau. Des boiteux ou boiteuses magnifiques qui traînent leurs déséquilibres entre les pages. Il travaille ses intrigues aussi, leur donne de la consistance. Enfin, il travaille les décors.
Ici, c’est la Nouvelle-Zélande, pas celle des cartes postales ou du Seigneur des anneaux version Peter Jackson. Celle des maories spoliés de leur terre, celle des quartiers malfamés ou des laissés pour compte, celle d’une jet-set ivre de son pouvoir, titubant dans sa crasse dorée.

Férey applique méthodiquement une même mécanique à chacun de ses récits, une mécanique du pire. On finit par percevoir l’inéluctable. On pourrait même croire à une certaine lassitude, au travers de cette prévisibilité. Mais l’auteur parvient à repousser certaines limites. Dans les pires moments de sa littérature, il peut même provoquer une jubilation morbide.

Dès lors, la question n’est plus de savoir comment ça va finir – mal, assurément – mais d’arpenter le chemin, de creuser les fosses, jusqu’au dénouement tragique.