Le Goût de l’Immortalité – Catherine Dufour

Couverture de l'édition 2005 - MnémosParu en 2005, le Goût de l’Immortalité de Catherine Dufour a reçu de nombreuses récompenses (Bob Morane, Rosny Aîné, Grand prix de l’Imaginaire…) . Cette oeuvre de science-fiction sombre et glauque fait partie des livres que je relis régulièrement (tous les 3 ou 4 ans environs).

Le Goût de l’Immortalité n’est pas une histoire, mais la collision orchestrée de plusieurs histoires. Empruntant sa forme principale aux « Mémoires d’Adrien » de Marguerite Yourcenar, le roman se veut un hommage à de nombreuse œuvres littéraires.

Ainsi, il est écrit au travers d’une vieille femme Mandchoue dont nous ne saurons jamais le nom. Elle délivre ses mémoires, du temps où elle était encore une adolescente pleine de vie. Le roman jongle, avec une réussite certaine, entre un récit raconté à la première personne et des passages écrits à la troisième.

L’écriture nerveuse, noire, empruntée par l’auteure, nous plonge rapidement dans un futur qui ne provoque aucune envie : les plus riches vivent au sommet de tours urbaines pour échapper à la pollution qui s’est emparée du sol, ils cultivent des clones pour vivre éternellement grâce à l’implantation d’organes toujours jeunes, l’Asie domine le monde, l’Europe se déchire et ceux qui le peuvent bénéficient d’un patrimoine génétique amélioré quand d’autres vivent dans la déliquescence et la pauvreté la plus crasse. Pour que certains sur-vivent, nombreux sont ceux qui se contentent de survivre. Catherine Dufour expose ainsi une dystopie à la fois originale et classique.

Mais le Goût de l’Immortalité n’est pas qu’un hommage, il est aussi un travail très personnel qui, sans entrer dans l’introspection, permet à l’auteure d’exprimer des blessures.

Ainsi, les mésaventures de l’adolescente mandchoue, sa rencontre avec cmatic l’européen et leur jeu de cache-cache avec Ia mort forment certes la trame principal, mais également un faux-fuyant pour mieux emballer l’arène des refugees et la rencontre entre cheng et shi.

Faux-fuyants également, car l’on passe d’une époque ou d’un personnage à un autre, donnant au récit un aspect décousu. Mais cette fragmentation fait partie du propos de l’auteure, elle déconstruit le récit pour mieux reconstruire le future noir dans lequel elle le place. Et ces fragments finissent par s’assembler pour former un tableau clair-obscure. Catherine Dufour nous livre de l’horreur rempli d’espoir, l’image d’une humanité qui s’accroche à sa vie jusque dans les pires extrémités, une humanité qui s’enfonce dans l’obscurité armée d’une simple bougie.

Le Goût de l’Immortalité est un livre qui interroge, dérange, bref ne laisse pas indifférent !

Outrage et rébellion
Un petit mot pour finir sur Outrage et rébellion. Paru en 2009, plus qu’une suite, ce roman prolonge l’univers décrit dans le Goût de l’Immortalité, cette humanité qui ne cesse de sombrer en tentant de vivre au-delà d’elle-même.

Dans ce livre, Catherine Dufour pousse encore plus loin le principe de fragmentation du récit, trop loin peut-être. Outrage et Rébellion est un kaléidoscope ou chaque personnage, chaque acteur, aurait droit à la parole. Le lecteur découvre l’histoire par micro-passage offrant le point de vue des dizaines de personnages qui peuplent le roman. Ce dernier prend des accents de documentaire à la sauce social média ou SMS. Encore une fois, il faut attendre la fin du récit pour en saisir toute la teneur et la cohérence, mais cette fois-ci, les fragments sont trop ténus pour permettre au lecteur de véritablement se plonger dans le récit et faire naître l’empathie.

Une empathie qui, au contraire, investit totalement le Goût de l’immortalité.

 

Ce billet a été écrit dans le cadre du challenge SFFF au féminin proposé par Tigger Lily.

sfff au feminin

3 thoughts on “Le Goût de l’Immortalité – Catherine Dufour”

  1. Outrage et rébellion m’a beaucoup plus marqué que Le gout de l’immortalité, dont j’ai quasi tout oublié maintenant. Il faut dire que je l’ai lu avant.

    • Tibeon dit :

      Outrage et rébellion est sans doute l’œuvre la plus ambitieuse de l’auteure. Elle y reprend un bon nombre de thème développé dans le Goût de l’immortalité et elle va beaucoup plus loin. A titre personnel, je le considère comme réussi (je l’ai lu 2 fois^^), mais je crois que le choix du mode de narration, difficile à mettre en place et plutôt novateur, ferme un peu la porte à ceux qui ne sont pas des lecteurs acharnés 😉

  2. Zina dit :

    Un récit étrange, mais que j’ai trouvé particulièrement intéressant.

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