Pourquoi les GIF animés m’exaspèrent

Un peu de transgression aujourd’hui, écartons nous sensiblement des sujets habituellement traités dans ce blog pour nous intéresser au cas désespéré, exaspérant et  impérieux du GIF animé.

Depuis 2012, année de ses vingt cinq ans, où il fut élu « mot de l’année » par une doxa américaine, le GIF connait une nouvelle jeunesse, un peu comme si on découvrait un intérêt soudain pour une vieille grand-mère acariâtre abandonnée dans un bain de formol.

Soyons clair, je n’ai rien contre ce format, dont l’utilité pour les créateurs de site internet et les intégrateurs n’a plus rien à prouver, même si des évolutions permettent de s’en passer. Non, c’est l’usage qui en est fait, à tour de bras, par pelletées entières, en dégoulinades sur les pages numériques qui finit par m’horripiler.

Pourtant, il y a 2 ans, j’observais ce retour en grâce avec plus d’amusement qu’autre chose. En tant que graphiste, le GIF animé symbolisait les images mal foutues et trop lourdes pour une navigation fluide. Le haut-débit bannissant les contraintes de poids, ne restait que le kitsch de ces animations épileptiques. La facilité de leur création autorisant leur diffusion en masse, elles pouvaient commencer à pulluler en toute allégresse. Les mèmes, particulièrement les LOL cats, concentrèrent et concentre toujours, une grande part de cet afflux de… disons créativité. On en trouva pour transformer se parangon du mauvais goût en art, avec pour certains des résultats, il faut le reconnaître, tout ce qu’il y a de plus esthétique.

Le GIF, format d’images imaginé pour alléger ces dernières, surcharge désormais, sous sa forme animée, les pages du web. Qui n’a jamais croisé un article avec 30 ou 50 de ces GIF ? La folie « GIF » est un peu retombée, mais elle s’est immiscée de façon insidieuse dans des zones qui n’en réclament pas l’usage. Bon, tant que cela se cloisonnait à « Tatie toutou » qui mettait en ligne une version en boucle de son « chiwawa trognon »… Mais ne vous est-il pas déjà arrivé de lire un article en ligne « sérieux », affublé de l’un de ses affreux pavé clignotant ? Vous le regardez une fois, pour collecter l’information, puis vous commencer à compulser l’article et là… votre regard ne cesse d’être attiré/dérangé par l’animation qui tourne en boucle. Impossible de la stopper ou de la masquer, votre seul recours est de lire rapidement les 1ers paragraphes pour pouvoir chasser l’impudente grâce au scroll, en espérant qu’une autre ne se cache pas un peu plus bas. Désagréable, non ? Et je vous épargne les détails sur les conséquences d’images sautillantes sur les normes d’accessibilité.

Rapide, facile à réaliser, le GIF remplace d’autres formats, au détriment du confort, de la navigation, de l’ergonomie. Combien d’infographies en ligne se résument désormais à une simple succession d’images, enlevant toute interactivité ? Car le GIF animé en soi, n’est pas interactif, il ne permet pas de naviguer entre les images qui le composent, pas d’option pause. C’est un film muet figé et saccadé, bien souvent de piètre qualité. Alors oui, c’est facile à balancer sur Instragram, Twitter et consorts, ça bouge, ça attire le regard, ça l’agace aussi.

Je suis assez friand de caricature de presse, je suis plusieurs blogs du genre. Les minis strips y abondent pour raconter en quelques cases bien senties une anecdote piquante. Certains illustrateurs préfèrent le GIF animé à la traditionnelle planche. Ça fait 2.0. Seulement se rendent-ils compte que ce choix induit une lecture différente, parfois incohérente ? Nous n’assimilons pas tous les informations à la même vitesse, ni de la même manière. Le GIF animé étant ce qu’il est, l’auteur doit déterminer une durée d’affichage pour chaque image/case. Durée gravée dans le gène numérique et qui impose ensuite le rythme de lecture. Hors un GIF n’est pas du trans-médias. Si bien que certains trouveront le temps déterminé par l’auteur trop long, ou trop court, obligeant parfois à visionner 2 ou 3 fois la boucle interminable. On ne peut pas revenir en arrière, se délecter plusieurs minutes devant un détail qui nous interpelle. On subit.
Mais ce n’est pas le pire. Ces auteurs pensent-il que, lors du chargement de la page, leur animation ne sera peut-être pas visible ? Qu’elle commencera à tourner en boucle hors du regard ? On commence à faire défiler la page et là, stupeur (feinte) on tombe sur caricature à laquelle on ne comprend rien, ou que l’on ne trouve pas drôle. Parce que, loi de Murphy oblige, il s’agit évidemment de la chute. Lorsque apparaît l’image suivante, la première dans le véritable ordre chronologique, il est déjà trop tard et le trait d’humour a perdu de sa saveur.

Ce n’est qu’un exemple, l’usage du GIF animé, son abus, me ferait presque sourire. Citons pèle-mêle l’adaptation de courtes séquences de filmées (plus lourdes, plus saccadés, plus floues, toujours plus !), les comparatifs (plus c’est kitsch, plus c’est chic), les vieilles photos ramenées à la vie (regarde, ça bouge encore !), sans oublier le créneau de la nostalgie, etc.

Bref, pitié, je ne sais pas, faites quelque chose, une cure de désintox ! Mais arrêtez le GIF animé !

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