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Les points de vue narratifs

Les longues vues pirates des caraibes

Choisir son point de vue narratif, c’est un peu choisir la façon dont le lecteur va découvrir votre histoire. En version caméra grand angle, ou avec un microscope ?

Ah, les points de vue narratifs ! Pour l’écrivain en goguette c’est un peu la question à se poser avant de commencer l’écriture de son récit. Ou plutôt, ça devrait l’être. Parce que soyons honnête, le plus souvent on se demande juste : 1ère ou 3e personne ? Et ensuite on fonce, moi le premier. Sauf que c’est un peu plus complexe que ça.

Dans Écriture, un des premiers conseils que donne Stephen King, c’est de commencer par maîtriser les outils du langage et de la narration. Passé les bases (grammaire, conjugaison, orthographe, ponctuation, vocabulaire etc.), il en existe tout un tas, de ces satanés outils, dont les modes narratifs. Allons donc voir de quoi il s’agit.

Les points de vue narratifs

Bon, je ne vais pas vous refaire le cours, il y a plein de sites et d’articles en ligne pour découvrir et apprendre ce que sont les points de vue narratifs et la focalisation, ici, par exemple ou . On va juste revoir l’essentiel, avant d’aborder la suite. On vous rabâche le sujet, ils sont au nombre de trois.

Le point de vue narratif interne : l’histoire est racontée d’un point de vue unique, celui du personnage principal. On découvre les informations en même temps que lui, on ne sait que ce qu’il pense ou croit savoir. C’est le cheval de trait auquel on a mis des œillères, il ne sait même pas qui le cravache, mais il y va !

Le point de vue narratif externe : l’inverse quoi, l’histoire est uniquement racontée d’un point de vue externe et descriptif, les pensées des personnages ne sont jamais exposées, sauf à les faire parler. On découvre les événements en même temps que le narrateur. C’est la caméra posée dans un coin de savane pour observer la vie sexuelle des lemmings pendant la saison des pluies, sans les commentaires s’il vous plait !

Le point de vue narratif omniscient : le narrateur sait tout, donc il peut se balader comme il veut dans le récit, voyager dans l’espace et le temps, aller voir ce qui se cache dans les caboches du vilain et du gentil, passer du coq à l’âne, puis à l’autruche, faire des commentaires et des digressions, donner son avis… ou pas. C’est un peu l’enfant spirituel de Big brother et de la NSA.

Statufié, statufié ! Est-ce que j’ai une gueule de statufié ?

Statut interne

Bordel ! Point de vue interne, je veux bien… Mais on m’avait promis une go pro ! Là…

Et le choix de la 1ère ou 3e personne alors ? C’est inhérent aux points de vue narratifs ? Interne = Je et Externe/Omniscient = Il/Elle. Ah non ! Par exemple, la saga Vorkosigan de Lois McMaster Bujold est entièrement écrite à la 3e personne, mais on découvre les histoires uniquement à travers le point de vue du héros, Miles. Quand celui-ci est à un endroit, nous sommes au même endroit, quand il est inconscient… nous sommes inconscients. Il s’agit donc bien d’un point de vue narratif interne.

Le choix de la personne définit le statut du narrateur. En gros, soit il fait partie de l’histoire, c’est un des personnages (je), on dit qu’il est interne à l’histoire. Soit il est hors de l’histoire, il est rapporteur/observateur (il/elle), on dit qu’il est externe à l’histoire. Le « JE » ne rime donc pas nécessairement avec « point de vue interne » et le « IL/ELLE » avec « point de vue omniscient ».

Voici un cas de figure : on a un personnage secondaire qui raconte l’histoire du personnage principal. On se retrouve donc avec un narrateur interne (je), qui nous fait un récit avec un point de vue externe. Vous avez mal à la tête ? Allez, une petite illustration concrète et célèbre.

Chez Conan Doyle, le narrateur c’est Watson. C’est lui qui nous raconte les aventures de Sherlock Holmes d’un point de vue externe, tout en faisant partie de l’histoire et en l’agrémentant de quelques commentaires personnels.
– Point de vue narratif : externe
– Statut du narrateur : interne (Watson)

Et encore, je ne vous ai pas parlé du type de narrateur, véridique ou incertain !

Un peu d’incertitude dans ce monde de vérité

Le narrateur véridique, c’est le conteur par défaut. Nous, lecteurs, nous allons lui faire confiance. Il va nous dire la vérité, rien que la vérité ! Craché ! Et comme on est gentil, on va le croire (s’il fait bien son boulot). C’est le contrat tacite entre l’auteur et son auditoire (ce qu’on appelle la suspension de l’incrédulité, mais c’est un autre sujet).

Sauf que, de temps à autre, l’auteur va vouloir jouer et va nous proposer une version alternative, biaisée. Surtout, il va nous le faire savoir. Il va utiliser un « narrateur incertain », et inviter le lecteur à se méfier de son récit, le mettre en doute. C’est là que se trouve le jeu. L’auteur informe le lecteur que son narrateur n’est pas fiable. Vous savez, avec ce genre de petites phrases : « Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit. » ou « Ben, moi, je veux bien vous dire, mais je sais pas trop ce qui sait passé exactement. »

Dans L’Histoire de Pi, de Yann Martel, le héro nous raconte son naufrage en mer. En vrai, son histoire est terrible, alors, il la re-compose et la transforme en conte merveilleux. L’histoire tragique devient une histoire extraordinaire. Ce n’est qu’à la fin du livre qu’est révélé l’autre versant. Et le lecteur est invité à choisir la version qu’il préfère.

Autre exemple avec Usual suspects. Verbal Kint est le narrateur, et d’emblée, il prétend ne pas savoir. Il se remet souvent en doute et minimise son rôle. Jusqu’au dénouement final, où on comprend que l’histoire qu’il nous a servie mélange si bien faits réels et inventions, que l’on est incapable de savoir ce qui c’est vraiment passé.

Choisir son point de vue narratif

Bon, alors les gars, je ne peux choisir qu’un seul mode narratif à la fois. Alors tous en ligne et ne me faites pas le coup de la Parade !

Trouvez-moi un shaker !

Bon, vous avez tout ? Les points de vue narratifs, le statut du narrateur, le type de narrateur ? Bien ! Parce que quand vous mélangez tout ça, vous obtenez le mode narratif. Comme je suis un mec sympa et que je veux vous éviter de vider votre réserve de doliprane, je vous ai fait un petit schéma pour vous aider à mieux vous y retrouver. Avec un exemple puisé dans mes lectures pour chaque mode, s’il vous plait !

Les différents points de vue narratifs

Sérieux, c’est quand même un peu casse tête. Allez, vous êtes autorisé à partager 🙂

Bon, ça reste des cases, parfois c’est un peu poreux. Surtout, rien n’oblige un écrivain à utiliser le même mode narratif pour toute l’écriture du livre. Comme je le disais plus haut, les modes narratifs sont des outils, après on fait un peu ce qu’on veut avec. C’est juste mieux de les connaître pour maîtriser ce qu’on fait.

Jongler avec les points de vue narratifs

Un classique, c’est d’utiliser le point de vue narratif interne à la 3e personne, mais de changer de personnage « focal » d’un chapitre à un autre, ou d’une partie à une autre. Comme dans Le problème à trois corps de Liu Cixin. Le livre est scindé en deux parties, qui correspondent chacune à une époque et un personnage différents.

Dans La Horde du Contrevent (ah! on ne s’en lassera jamais), Alain Damasio écrit son histoire du point de vue narratif interne et à la 1ère personne, mais il fait parler tous les membres de la horde à tour de rôle, on dispose ainsi du point de vue et des pensées de chacun, tandis que l’histoire se construit au fur et à mesure de leurs « interventions ».

Avec Outrage et Rébellion, Catherine Dufour nous propose une construction assez inhabituelle. Le livre est conçu comme s’il s’agissait d’un documentaire. Le narrateur ne prend jamais directement la parole, il laisse les protagonistes parler, littéralement. Plus fort, le personnage central ne s’exprime pratiquement jamais. On découvre donc son histoire à partir des multiples points de vue de ceux qui l’on côtoyés. Que le narrateur « retransmet », sans filtre, comme s’il s’agissait d’enregistrements et avec tous les biais que l’on peut envisager (versions contradictoires d’un événement, propos rapportés plus au moins véridiques, supputations sur les motivations des uns et des autres, etc.).

Sans un bon point de vue, le récit est bigleux

Vous l’avez compris, une fois que l’on sait comment marchent les points de vue narratifs, on peut les utiliser de plein de façons différentes. Mais soyons honnête, la plupart du temps on choisira celui qui convient le mieux à l’histoire que l’on souhaite écrire. Déjà, parce ça n’est pas donné à tous le monde de s’amuser avec le modes narratifs. Ensuite, parce qu’on ne peut pas tout faire avec toutes les histoires (sauf si on est *hachement doué).

Si votre histoire suit un fil linéaire avec un personnage principal bien identifié, vous avez l’embarras du choix. Même si naturellement vous risquez de choisir plutôt un point de vue interne. Avec une histoire très complexe et de nombreux personnages importants, mieux vaut opter pour le point de vue omniscient, sans doute plus abordable. Si vous faites dans l’intimiste, éviter le point de vue externe incertain à la 3e personne. Après, c’est vous qui voyez, hein, si vous êtes fou ou *hachement doué…

Bien ! Vous êtes encore là ? Vous n’avez pas fui ? Cool. Parce que je crois qu’on a fait le tour et j’espère vous avoir été utile.
Et n’hésitez pas à faire part de vos impressions et suggestions.

Comment trouver le nom de ses personnages ?

Le penseur (Rodin)Ah ! Une des sempiternelles questions que se pose l’écrivain : comment vais-je appeler ce personnage ? Le choix peut paraître anodin, mais en vérité il est porteur de sens. Un nom/prénom, c’est l’un des premiers éléments qui définissent une personne, fictive ou réelle. L’écrivain a donc la dure tâche de choisir les noms et prénoms de tous ses nouveaux (imagi)nés. Et puis ce nom, il va falloir se le coltiner, parfois sur des centaines de pages, alors autant qu’il soit vraiment bien !

Pour choisir un nom, c’est un peu la foire d’empoigne. Certains y vont avec leur boule de cristal, d’autres font des diagrammes ou préfèrent le feeling total. Certains s’embêtent encore moins que ça. L’écrivaine Catherine Dufour explique dans un de ses ouvrages qu’elle ne donne pas de noms à ces caractères principaux pendant la phase d’écriture. A la place, elle leur attribue une lettre, qu’elle remplacera une fois le manuscrit achevé (vive le rechercher/remplacer). Pour ma part, j’ai besoin de connaître ce nom pour développer le personnage, car je crois que l’un construit l’autre.

Mais dans le fond, il n’y a pas cinquante manières de nommer un caractère :

  1. Lui créer un nom, totalement imaginé à partir de rien ou presque (Shamïea Og Döllen) ;
  2. L’affubler d’un nom tiré de ceux qui existent déjà (Samantha Pitt) ;
  3. Utiliser un mot commun, ou plusieurs (Le Maître des Clés) :
  4. Lui composer son patronyme, ce qui n’est pas exactement la même chose que « créer » (Abraham Collinn) ;
  5. Ne pas le nommer du tout (personnage mystère).

Un nom, ça vous colle à la page

La première question que je me pose avant de choisir ou créer un nom, c’est : dans quel monde évolue mon personnage ? Il est évident que je ne vais pas attribuer le même genre de nom dans un univers totalement imaginaire, comme la Chimeterre, que dans un univers qui essaie de coller à une réalité historique comme « Ys« . Les patronymes participent de l’ambiance du récit, ils induisent des éléments culturels, des notions de société, voire d’histoire. Bref, ils font partie intégrante du background.

Dans un récent manuscrit, j’avais initialement appelé un de mes personnages « Sam Blomsky », notamment en référence au peintre de rue « Banksy« . J’ai voulu faire évoluer ce nom et l’éloigner de l’original en le transformant en « Eric Blowski ». Mais rien à faire, quand j’écrivais, c’était « Blomsky » qui s’ingéniait à se glisser dans les pages. J’ai du me faire une raison, le caractère avec son nom, et il ne voulait pas en changer ! Le bougre.

Ex nihilo…

Dans les univers totalement imaginaires, créer les noms est pratiquement une obligation. Vous pensez bien que le dépaysement littéraire risque d’en prendre un coup si votre extraterrestre s’appelle « Roger Lamour » (sauf si vous donnez dans la comédie décalée, évidemment). Mais si on se contente de piocher des syllabes au hasard et de les associer pour voir ce que ça donne, on risque de tomber sur l’un des nombreux écueils qui existent en matière de patronyme ex nihilo : manque de cohérence globale, répétitions et abus ridicules, complexité sur-exagérée…

Rak’ Rrrr Vvvv s’approcha de Kir’ Brrrrr tonnnn.
— Salutation, grand Mrr’T’Ogrrrr ! Je vous apporte un message de Fenk’ Errrr Shhh.
— Parle, émissaire des Jnn’G’Avnnnn, tout le Mmm’T’Ogmmmm t’écoute.

Vos lecteurs risquent de s’y perdre et d’avoir un foutu mal de crâne !

Evidemment, il n’y a pas de recette miracle, sinon un petit malin aurait déjà créé quelque part sur le web un générateur automatique de patronymes imaginaires.

Dans la Chimeterre, j’essaie de prendre en compte plusieurs éléments. D’une part, certaines sonorités font plutôt penser à un personnage féminin (na, elle, inne…), d’autres résonnent plus « masculin » (or, ic, ain…), du moins aux oreilles occidentales. Ensuite, comme c’est un univers où plusieurs cultures cohabitent, je cherche à introduire des récurrences, sonores, constructives ou typographiques dans les noms. En faisant cela, je ne fais que m’inspirer du réel (les McMachin écossais, les Bidulesson suédois ou les Van Trucmuche hollandais sont de bons exemples de récursivité culturelle).

…aut quod est ? (1)

Pour les récits qui s’ancrent dans le réel, on dispose du gros avantage d’avoir une base de noms dans laquelle puiser. Mais notez que piocher au hasard ou au feeling dedans n’est pas nécessairement une bonne idée. Pourquoi ? Tout simplement par que les noms et prénoms que nous côtoyons tous les jours sont issus d’une histoire et d’une culture, ils sont porteurs d’un sens spécifique que nous avons souvent oublié.

Je vous l’accorde, tout le monde ne soulignera pas que ce bon vieux Bob, là-bas, auquel vous avez donné une silhouette de morse avec la moustache qui va avec, ainsi qu’une pinte de bière greffée à la main, porte en guise de prénom le diminutif de « Robert », patronyme lui-même issue d’une lignée germanique et qui signifie « brillant, illustre ». (Quelqu’un pense-t-il à Bob l’éponge dans la salle ?). Mais se renseigner un peu sur le sens d’un prénom ou d’un nom avant d’en affubler un de ses personnages ne peut jamais faire de mal. Plus prosaïquement, essayer de faire le choix en fonction de ce qui rend le personnage spécifique permet souvent de renforcer son caractère.

Mon personnage est issu d’un métissage suédois/japonais ? BAM : Ingvar Takeda !
Attention, là on tient du gaillard qui en jette. Ingvar, c’est rien de moins qu’une référence à un dieu nordique, quant au Clan Takeda, il s’agit d’une puissante famille de daimyos, rien que ça ! Et à la sonorité, on sent tout de suite le type un peu rugueux.
Comment ça j’en fais trop ? Il faut savoir ce que vous voulez !

Donner du sens aux noms

On le sait, quand on écrit, il faut donner du sens aux personnages. Alors pourquoi ne pas commencer par donner du sens à leurs noms ? J’essaie de le faire dès que cela me semble pertinent. On peut le faire en réfléchissant au sens existant du patronyme que l’on utilise. On peut aussi le faire avec les méthodes du mot commun ou du nom composé.

Le mot commun transformé en nom de famille est une méthode très répandue. En fait, tous les noms ont pour source un mot commun (métier, lieu, adjectif…). Nos amis anglo-saxons sont devenus des experts pour rendre cool des noms qui sont dans le fond assez ridicules. Florilège : Henri Potier, Jean Liaison, Rouge-gorge La Capuche, Rouille Cohle(2)… (comment ça je cherche un peu ?).

Dans la Chimeterre, l’un des personnages s’appelle « Broyeuse ». Ce n’est pas son nom original, mais un surnom qu’elle a gagné à la force des poings. A lui tout seul, il raconte une partie de son histoire. Désormais, on ne la connaît que sous cette appellation. C’est un des rares personnages « non Gueule(3) » qui est nommé de cette manière, cela me permet de l’ancrer dans un espace à part.

Anagrammes et autres frivolités

Composer un nom, c’est nécessairement chercher à construire un patronyme en lui donnant un sens spécifique, sinon à quoi bon s’embêter ? Le plus souvent, il s’agit de donner une signification plus ou moins cachée au nom. L’anagramme est parfait pour ce genre d’exercice et j’aime l’utiliser à l’occasion. Il peut aussi s’agir de créer un nouveau nom en modifiant un mot existant et en s’attribuant ainsi une partie de ce qu’il signifie. Dans cette optique, le latin et le grec forment deux sources particulièrement appréciables, mais n’importe quelle culture ou sous-culture peut servir. J’affectionne spécialement la culture Geek, allez savoir pourquoi 😉

Dans Le gisant, tous les noms des personnages ont été choisis en fonction de leur sens et avec ces différentes méthodes.

Helena Astray : le personnage principal. Avec ce nom, on comprend tout de suite qu’elle est d’origine anglosaxon, mais « Astray » est aussi un nom commun. Littéralement, cela veut dire « Helena L’Egarée », ce qui est en rapport direct avec l’Univers d’Ys d’où est tirée cette nouvelle.

Otto : le compagnon d’Helena doit son prénom à un jeu de mot que je vous laisse découvrir si l’envie vous en dit ^^.

Célestine et Estelle : deux protagonistes secondaires. La première (qui se rapporte au ciel – grec) est une nonne qui pensent avoir reçu une visite divine. La seconde (étoile – latin) porte également un prénom en rapport avec les événements qui lui arrivent.

Angus Dupieut : cinquième et dernier protagoniste fictif nommé, est un inspecteur de police. Il s’agit d’un anagramme d’Auguste Dupin(4).

Une conclusion ?

Après vous avoir déblatéré ma façon de choisir les noms de personnages, il ne me reste plus qu’un truc à dire. Quels que soient le moyen, la méthode ou la non-méthode, une seule chose compte vraiment au moment d’écrire, que le nom résonne avec le personnage, au moins pour vous. Le reste n’est que verbiage et fabulation.

Notes

  1. A partir de rien… ou de ce qui est ?
  2. Dans l’ordre : Harry Potter, James Bond, Robin Hood, Rust Cohle (de True Détective). Vous les aviez tous trouvés ? 🙂
  3. Dans la Chimeterre, les Gueules sont des barbares en marge du monde « civilisé » dont personne ne connaît le langage. Pour marquer cette différence, dans les livres, ils sont le plus souvent désignés en fonction du masque d’animal qu’ils portent (Aurochs, Buse, Cerf, Vautour, Loup…)
  4. Personnage créé par Edgar Poe, le premier « détective » de la littérature, dont Sherlock Holmes n’est qu’un ersatz. Je m’étais déjà servi du cliché du « détective logicien » pour créer le personnage de « Victor Chamberlin » dans Le concerto, une autre nouvelle d’Ys. Il y a donc une double référence :-D.

Des nouvelles de la Chimeterre

ChimeterreCertains l’auront peut-être remarqué, mais les deux premiers tomes de la Chimeterre n’étaient plus disponibles depuis le milieu de l’été, la faute de votre serviteur qui a souhaité profiter de l’arrivée prochaine du 3e tome pour donner un petit coup de dépoussiérage à la série. En clair, il y a plein de bonnes nouvelles à annoncer, que vous soyez déjà adepte de l’univers ou non ! Parce que oui, la Chimeterre revient et c’est pour bientôt.

Tout d’abord, les deux premiers tomes ont fait l’objet d’une révision, certains passages ont été modifiés, dans le but de les améliorer, soit par le style, soit par le fond. L’Aurochs Rouge a même eu droit à quelques ajouts, pour étoffer certains personnages. J’en parlais d’ailleurs déjà un peu ici le mois dernier.

Ensuite, qui dit nouvelle édition, dit nouvelle couverture. C’était l’occasion d’un relooking complet, avec pour objectif de donner à l’ensemble une véritable identité graphique. Les différentes illustrations avaient déjà filtrées sur les réseaux sociaux, aujourd’hui je vous présente le package final. Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve que ça a du Gueule !

Comment ça, je ne suis pas objectif ? Foutus bouffeurs de mandragore…

Enfin, dernière nouvelle et pas des moindres, c’est donc la sortie prochaine du troisième tome de la Chimeterre : L’Exilée. J’ai reçu voici peu les derniers chapitres passés au crible de ma correctrice. J’en profite pour lui faire une grosse dédicace au passage  : merci Marie-Christine (MC pour les intimes). Tout le monde se lève, standing ovation. Sérieux, on ne remercie jamais assez les correcteurs.
Le dernier rush est lancé, l’ultime relecture avant de passer à la mise en page… ça sent bon tout ça !

Bon, c’est bien beau, mais quand c’est que ça sort ?

L’Aurochs Rouge sera disponible dès la fin septembre, L’Ombre de Sonnecume suivra début octobre et L’Exilée, fin octobre ou début novembre… en numérique. Pour les versions papiers, il faudra encore s’armer d’un peu de patience, mais j’espère être en mesure de les mettre à disposition avant la fin de l’année.

Ensuite, je m’attaquerai au quatrième et dernier tome de ce cycle de la Chimeterre : Les crocs et l’écaille. Pour une bonne histoire, comptez six mois de griffonnage, laissez maturer trois bon mois, puis battez la page énergiquement pendant un mois. Confiez ensuite le tout à des pagineurs de votre connaissance, pendant qu’ils feuillettent, partez en vacances. A votre retour, ne vous étonnez pas de devoir battre à nouveau la page et la passer au brûloir. Une fois que la page est bien ferme et onctueuse, soumettez-là à un « entre-les-ligneur », retirez le surplus et les grumeaux. Enfin, reliez le tout et couvrez, voilà, c’est prêt ! Boulottez bien !

Et que les crocs vous gardent !

Embrouillamini personae, ou comment imaginer ses personnages

Embrouillamini personaeDans le travail d’écriture, il y a quelques piliers incontournables : idée, intrigue, personnages, style… Et pour tous ces piliers, il est pratiquement impossible de faire quelque chose de fondamentalement original. Bien écrire ne veut pas dire savoir être original, mais savoir soigner ces piliers. Si en plus vous arrivez à être original à quelques % ou dizaines de %, c’est encore mieux. Les personnages sont à soigner tout particulièrement, car ce sont eux qui portent l’histoire et transportent le lecteur.

(suite…)

Le moment Bechdel

Test de BechdelOn ne présente plus le test de Bechdel, concept à la fois très simple et sophistiqué qui permet de se faire une idée sur la place des personnages féminins dans une oeuvre de fiction. Il s’articule autour de trois questions toute bêtes et pourtant significatives.

1 – L’oeuvre comporte (au moins) deux femmes identifiables.
2 – Ces deux femmes parlent entre elles.
3 – Leur conversation porte sur autre chose qu’un personnage masculin.

Pour réussir le test, il suffit de réunir ces trois conditions. C’est en général là que les choses se corsent. Bon nombre de fiction n’y parviennent pas. Personnellement, je n’ai pris pleinement connaissance de ce test qu’il n’y a que quelques mois. Quoi!!! hurleront certains et certaines, alors qu’il a été formulé il y a plus de trente ans!!! Que voulez-vous, personne n’est parfait. Et puis, j’aime collectionner les défauts pour pouvoir les corriger par la suite.

Evidemment, je n’ai pas résisté à la tentation de l’effectuer sur mes écrits. Une majorité le passe sans trop de difficultés, tous mes textes comprennent au moins deux femmes (souvent plus), généralement elles se parlent à un moment ou un autre et la plupart du temps, d’autre chose que d’un personnage masculin.
En vérité, je n’ai noté qu’un seul cas notable échouant à réunir ces trois conditions : le premier tome de la Chimeterre. Celui-ci ne manque pas de personnages féminins, pas moins de six y sont nommées, pour certaines avec des rôles importants. Cependant, l’univers et la manière dont j’ai construit l’intrigue amène à une conséquence drastique : elles n’échangent pratiquement aucune ligne de dialogue. Ce n’est heureusement pas le cas des tomes suivants.

J’ai récemment révisé et augmenté l’Aurochs Rouge, celui devrait bientôt faire l’objet d’une seconde édition. A cette occasion, j’aurai aisément pu ajouter un passage mettant en scène une conversation répondant aux critères du test de Bechdel. Je ne l’ai pas fait, il y a plusieurs raison à cela.

Le test lui-même est souvent défini comme un moyen de savoir si une oeuvre est sexiste ou non. Ce qui est faux, le simple fait de réussir le test ne permet pas de démontrer si c’est le cas ou non. Le test permet surtout de sensibiliser sur la question de la prédominance du genre masculin dans la plupart des fictions. Ce qui est déjà pas mal !
Ecrivez une histoire comprenant vingt protagonistes, deux femmes et dix-huit hommes. Ecrivez une seule scène avec les deux femmes et faites en sorte qu’elle réponde aux trois critères. Vous avez un récit qui ne comprend que 10% de femmes, ces dernières occupent probablement moins de 5% de l’espace narratif et pourtant vous réussissez le test. Vous vous dites que c’est gros ? Maintenant, imaginez que l’histoire en question se déroule dans une jungle vietnamienne, dans les années 1960 et à pour protagonistes des GI…

Qu’on ne se m’éprenne pas sur mon propos, le test de Bechdel est une excellente chose et j’adhère à 100% à l’idée. Mais une fois que l’on a connaissance de ce dernier, il est également très facile de le contourner. Les grandes firmes hollywoodiennes appellent ça « passer le script au filtre du Bechdel ».  Parfois, c’est fait avec finesse, parfois c’est totalement grossier et ne sert en rien la cause des femmes dans la fiction. J’appelle ça, le moment Bechdel.
Vous savez, c’est cette scène qui n’apporte strictement rien à l’intrigue, celle ou deux copines évoquent un souvenir (un grand classique), leur problème d’appartement, les horaires du métro ou leurs derniers achats (souvent vestimentaires). Quand c’est bien fait, cela peut donner plus de profondeur aux personnages, mais bien souvent ça ne sert qu’à valider le test. Je soupçonne même certains scénaristes d’en rajouter une couche histoire de souligner l’absurde de la chose. Visionnez l’extrait suivant, vous vous ferez une bonne idée de ce que j’entends par là…

Oui, bon d’accord… Là, je vous ai sorti du lourd, du très très lourd, même ! Dans tous les sens du terme. Si techniquement ça répond aux exigences requises, clairement, on est très loin de l’esprit d’Allison Bechdel  et Liz Wallace… Voilà une parfaite illustration qu’un film horriblement sexiste – American reunion, en l’occurrence – peu aisément passer le test de Bechdel.

A certain égard, ce test me fait penser au trois lois de la robotique d’Azimov. A l’instar des trois conditions du Bechdel, elles sont apparues dans une oeuvre de fiction. Ces deux concepts sont désormais utilisés dans la « vraie vie ». Les trois lois sont intégrées à la robotique actuelle, tandis que le Bechdel sert à évaluer les œuvres de fictions. Et tous les deux connaissent un vice de conception. Azimov c’est lui-même rendu compte des limites de ses trois lois et à ajouter une « loi zéro » pour y pallier.

Dans le cas des consignes de Bechdel, à l’origine il s’agit plutôt d’une « blague » visant à démontrer par l’absurde l’hégémonie des personnages masculins dans la fiction. On ne peut donc pas leur tenir rigueur de ne pas être parfaites. De fait, elles ont largement atteint leur objectif initial et participent à l’évolution vers un meilleur équilibre des genres. Toutefois, l’extrait ci-dessus montre qu’il est assez facile de priver ce test de son essence et de son esprit.

C’est pourquoi, à ma manière et sans prétention aucune, j’ai tendance à ajouter une quatrième  condition, une sorte de Bechdel+ :

1 – L’oeuvre comporte (au moins) deux femmes identifiables.
2 – Ces deux femmes parlent entre elles.
3 – Leur conversation porte sur autre chose qu’un personnage masculin.
4 – La conversation apporte des éléments à l’intrigue.

On peut le formuler différemment, mais l’idée c’est que si une discussion entre deux personnages féminins permet de faire progresser l’histoire sans qu’il soit mention d’un personnage masculin, au moins une des deux femmes est moteur dans l’intrigue. Ceci, incontestablement, ne peut pas s’improviser en ajoutant un dialogue bidon.

Lors de la révision de L’Aurochs Rouge, je n’ai tout simplement pas trouvé de scène à ajouter qui réunissent ces quatre critères. Et je n’allais pas appliquer dans mes écrits une méthode que je dénie. Le roman comprend suffisamment de femmes fortes ou importantes pour l’intrigue et ces révisions ont notamment servi à étoffer l’un des personnages féminins, avec un apport qui sans être fondamental, est réel. Et je préfère cela plutôt que sacrifier à une fausse éthique.

Le test de Bechdel ne peut pas permettre de juger un roman ou un film, mais il est à la fois une bonne indication sur l’équité des genres dans une oeuvre de fiction, et un bon moyen d’en dénoncer certaines dérives, ou réflexes qui ne devraient plus avoir lieu au XXIe siècle. Il y aura toujours des histoires qui échoueront à réunir tous les critères, de part l’univers, le sujet, le cadre historique… Tout comme certaines histoires peuvent échouer à passer un test de Bechdel inversé (un récit dans un pensionnat pour jeunes filles, par exemple).

Mais je crois que dans les récits de l’imaginaires, où les univers peuvent être libérés des carcans qui nous entravent encore, parfois de façon inconsciente, rechercher cette équité est une force.

Mettre en mots ou coucher sur le papier ?

Une femme mange un livreLes mots sont à la fois une abstraction du réel et une expression de la pensée.

Avec ce petit préambule, d’aucuns auront peut-être fait le rapprochement entre le titre de cette humble billet et celui d’un certain mouvement artistique américain de la première moitié du XXe siècle. Cependant, il ne s’agit pas là de mon propos, car aujourd’hui je souhaite me pencher sur une de ces expressions qui prennent soudain un goût de dépassé quand elles nous viennent à la bouche. Pour l’occasion, je nomme : « coucher sur le papier ». (suite…)

De True Detective, du cinéma et de la fiction sérielle

Récemment, répondant à l’appel du pied de certains de mes amis et proches à propos de cette excellente série qu’est True detective, je me lançais dans son visionnage. Après en avoir dévoré les deux saisons actuellement disponibles, outre le contentement que l’on peut ressentir en tant qu’amateur de bonnes fictions, il m’est aussi venu un certain nombre de réflexions sur l’évolution de ces dernières, dont True detective, à mon sens, entérine une nouvelle étape.

True Detective (suite…)

Ray’s Day 2015

Le 22 août prochain, pour la 2e année consécutive, la date anniversaire de Ray Bradbury sera prétexte à fêter l’écriture, la lecture et les auteurs. Pour en savoir plus sur cette initiative, je vous invite à consulter le site de la manifestation : raysday.net

L’année dernière, je n’avais donné à lire que des extraits d’une nouvelle en cours. Pour 2015, je souhaitais m’impliquer davantage. Manquant de temps pour écrire une nouvelle dédiée (la Chimeterre me prend une large part de mes plages d’écriture), je participerai de deux façons.

Tout d’abord, par la mise à disposition gratuite de ma nouvelle « Semaine sanglante » sur les différentes plateformes où cela est possible et peut-être directement sur ce site.

Ensuite, par une double séance de lecture d’une nouvelle inédite à la Librairie des Halles de Niort. Une première cession sera donnée à 11h30 et une seconde à 17h. Entre temps, se sera également l’occasion pour ceux qui le souhaitent, de venir découvrir mes autres écrits.

Certains se diront : « Mais ? Si cette nouvelle est inédite, pourquoi ne pas la proposer également en version gratuite numérique ? ».
Tout simplement parce qu’elle a été réalisée dans le cadre d’un appel à texte toujours en cours. Ces deux séances de lecture seront donc des occasions privilégiées de la découvrir en « avant-première ». Cette nouvelle est à la fois une utopie et une uchronie se déroulant au début du XVIII siècle, elle a pour thèmes la piraterie, l’anarchie et les vents. Tout un programme !

J’espère que vous serez nombreux à fêter avec moi où à votre façon, l’amour des mots lors de cette 2e édition du Ray’s Day.