50 mots pour une histoire

Il y a quelques temps au hasard de mes pérégrinations sur le web et les réseaux, je suis tombé sur un concours d’écriture comme il y en a mille sur la toile, sauf que celui-ci proposait comme thème « Philip K. Dick » (déjà ça pose) et comme forme le « Fifty ».

Et je ne savais absolument pas ce qu’était un « Fifty ». Le concept est simple, écrire une histoire en 50 mots maximum. La pratique est un peu plus ardue. Pour ceux qui veulent en savoir plus, voici quelques exemples sur un site qui propose également un éditeur de comptage (oui, parce qu’il y a des règles de comptage bien précises!).

Je découvrais tout cela sur le site de Saint Epondyle, un agitateur numérique qui a, entre autre, écrit un sympathique essai sur le Cyber-punk qui condense plutôt bien les principales influences du genre, avis aux amateurs.

Dick fait parti de mes auteurs de référence et le principe du Fifty me parut amusant, donc ni une ni deux je sautais sur cette occasion de m’y frotter ! Le but était d’écrire « à la manière de ». Sauf que je juge qu’il est impossible d’écrire à la manière de Phil Dick, et tout d’abord parce qu’il y a plusieurs « Dick », selon ses périodes et ses crises de paranoïa. J’ai donc fait du moi à la sauce Dick, ce qui était déjà pas si mal :

Encore un camé, un cave qui réclamait sa dose de coque numérique. Aujourd’hui, même les androïdes sniffaient pour supporter les consciences artificielles qu’on leur greffait. Ils altéraient leurs data-memories, shuntaient leurs synapses digitales. Celui-là avait disjoncté, ses capteurs ne différenciaient plus le réel du virtuel. Game Overdose.

Les résultats sont tombés il y a plusieurs jours maintenant, mais je ne reviens dessus qu’aujourd’hui car j’étais alors très occupé par le bouclage de mon roman d’anticipation « AVA » (quelques lignes sont lisibles ici).
Il se trouve que l’essai a été réussi – plus que ce que je ne le pensais ou ne l’espérait – puisse que le jury a placé ce Fifty à la première place.

Pour les curieux qui voudraient lire les autres Fifty de ce concours (certains valent vraiment le coup!) vous trouverez la liste complète ici.

Bon, tout ceci flatte certes un peu mon ego (que j’ai gros comme un pois-chiche), mais je retiens surtout deux choses.

D’abord ce commentaire de la membre du jury qui a le moins apprécié mon Fifty.

On est dans le sujet mais je crois que je me suis sentie prise en otage par le matraquage « C’est du K. Dick, mange ! »

Honnêtement, j’ai souri en lisant cela et je l’ai pris humblement, comme un compliment (rapport avec ce qui est exprimé plus haut). Je crois qu’il n’y a pas d’expression plus sincère de la réussite de ma tentative. Et puis, la devise familiale par chez nous étant : « Boulottons, boulottons !« , je trouve que « Mange ton K. Dick ! » me va assez bien. On pourrait presque ajouter « Sinon t’auras pas de dessert avec ton roman !« . Bref une bonne crise de rire, merci Deirdriu.

Ensuite, le concept de Fifty en lui-même. Je me suis beaucoup amusé à faire celui-là. Il y a du Haïku dans le Fifty, une obligation, une nécessité à aller à l’essentiel, à se départir du superflu, à dire beaucoup avec très peu et à laisser des trous béants pour l’imagination…
Pour moi et ma tendance à l’expansionnisme narratif, l’exercice revêt l’habit de la gageure et ne s’en trouve que plus intéressant.
Raconter une histoire dans un espace aussi restreint de mots, voilà qui limite considérablement certains des aspects de l’écriture considérés comme parmi les plus importants (une intrigue poussée, des personnages avec des caractères travaillés, des descriptions qualitatives…). On est dans la micro-nouvelle, voir la nano-nouvelle, où un simple mot peut – doit – contenir mille nuances. En bref et pour rester dans la métaphore gastronomique, on se délecte, on se régale à faire monter la sauce par petites touches épicées, à jouer sur les saveurs pour offrir une collation qui, en une seule bouchée, doit vous combler à la manière de tout un festin.

Sans nul doute je réitérerai ce genre d’en-cas, sans contraintes et hors concours, pour le plaisir. Rien que le plaisir.

3 thoughts on “50 mots pour une histoire”

  1. Merci pour ce joli retour, et pour ta participation !
    Je savais vraiment que tu avais bien pigé le concept, sans quoi tu aurais eu plus de mal à truster la première place. C’est certain, on n’a pas la place pour le superflu alors il faut ciseler.
    Et puis le fifty est super adapté au web : on peut y passer 5 minutes ou 5 semaines selon qu’on soigne beaucoup, qu’on fait pluiseurs versions etc… Et c’est très rapide à lire, ça doit être efficace.
    Je suis content que les commentaires parfois un peu trash de nos jurés bien aimés soient toujours bien reçus. Et… autre de mes fiertés : il n’y a rien à gagner à mes concours, jamais. On joue pour le plaisir d’un défi sous contraintes, comme tu dis, « juste pour le plaisir ».

    Merci d’avoir joué et à bientôt. 🙂

    PS – traditionnellement je propose aux vainqueurs des concours de participer au jury de l’édition suivante, comme ce fut le cas avec Deirdriu. Si ça te tente…

    • Tibeon dit :

      Merci à toi également, ça a donc été une belle découverte et une belle expérience à la fois.

      Et sans soucis pour participer au jury de la prochaine édition, au contraire, ce sera avec un grand plaisir ^^

  2. Drunk Soula dit :

    Chouette concept ! Faudrait que je teste un de ces quatre ! 🙂

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